Petites actions anti-publicitaires

efficaces et à la portée de chacun

Auteur: Miguel    J U L l E R
mjulier@free.fr
Montpellier, le 25 novembre 2000 (première version)
dernière mise à jour le 8 mai 2003, à Montpellier
Pourquoi être contre la publicité?
    Gênante et inesthétique
    Coûteuse
    Elle perturbe l'économie et favorise les monopoles
    Le cas particulier des grandes surfaces commerciales
    Elle réduit la liberté
Considérations générales
Actions valables pour tout type de publicité
Actions en fonction du type de support
    La publicité distribuée dans toutes les boîtes aux lettres
    La publicité adressée par courrier
    La publicité par téléphone ou par fax
    La publicité par courrier électronique
    Les pubs dans la presse écrite
    La pub à la radio et à la télé
    La publicité sur le web
    Les panneaux sur les murs
    Dans les transports en commun
    Dans les magasins
    La publicité à des endroits « anormaux »
Adresses utiles

Pourquoi être contre la publicité?

Chacun ses motivations, mais voici quelques raisons...

Gênante et inesthétique

Votre boîte aux lettres est pleine de réclames, au point d'avoir du mal à trouver le courrier au milieu, la moitié du courrier lui-même se révèle être publicitaire, vous recevez des appels téléphoniques interminables pour faire refaire votre cuisine, la radio et la télé sont décourageantes tellement leurs émissions sont interrompues, les murs de la ville sont couverts de panneaux, tout comme les entrées de ville, et vous allez au travail dans un bus enlaidi d'annonces, couvrant parfois même les vitres, ou dans un métro qui navigue dans un couloir de pubs. C'est probablement votre première motivation pour lire ce texte: la publicité est insupportable.
Dans les milieux confinés (en particulier les métros souterrains), la publicité omniprésente oblige à baisser les yeux pour ne pas être constamment aggressé. Faîtes un tour dans le métro de Paris en observant l'attitude des passagers si vous n'en êtes pas encore convaincus!
Dans la rue, les panneaux de pub plantés avec l'autorisation de la municipalité sont en général mis au milieu du trottoir, avec toute la gêne que cela implique pour les piétons, sans compter l'insécurité qui augmente dans une rue où la visibilité est réduite par ces panneaux. Ce jugement peut paraître excessif, mais visitez Montpellier pour vous en convaincre: hors du centre ancien, les rues étroites sont principalement occupées par les voitures, et les petits trottoirs rendus difficilement utilisables par la présence de poteaux plantés n'importe où, de barrières, et de voitures garées; là les panneaux sont réellement handicapants pour les piétons.

Coûteuse

Bien sûr, la pub finance les médias, les transports publics, et bien d'autres services que nous utilisons. Mais l'argent si gracieusement offert par un annonceur, elle vient bien de ses clients. Il faut se rendre à l'évidence: nous avons payé le kilo quotidien de propagande dans notre boîte aux lettres en faisant nos courses. Bref, nous avons payé le papier, la distribution, les publicistes qui se sont creusés la tête sur notre compte,... Autant de frais qui auraient pu être économisés ou dépensés autrement.
Exemple: le déferlement de pub pour les vêtements ou les chaussures explique que le prix de ces articles ne cesse d'augmenter alors que leur qualité tendrait plutôt à diminuer. Les grandes surfaces, elles, financent les tonnes de propagande diffusée sur tout le pays en augmentant leurs marges: soit en vendant cher les produits dont le consommateur n'a pas le prix en tête (soit qu'ils soient rarement achetés, comme la Hi-Fi ou le gros électroménager, soit que leur prix soit variable, comme les fruits et légumes, soit encore qu'il s'agisse de produits achetés compulsivement, comme les plats préparés).

Elle perturbe l'économie et favorise les monopoles

La logique et le bon fonctionnement de l'économie voudraient que les entreprises se développent ou non en fonction de leur efficacité, de l'utilité de leurs produits, de leurs prix... Ceci demande de pouvoir les comparer, chose à laquelle contribuent grandement les associations de consommateurs et d'usagers. La publicité perturbe l'équilibre, de toute façon instable, en permettant à de grandes enseignes de cacher l'existence de plus petits: l'hypermarché, en inondant le voisinage de pubs sur quelques produits vendus à perte (le pain, les yaourts, ou les pêches, par exemple), arrive à attirer des clients bien que leurs produits soient globalement plus chers et moins bons. Ainsi, l'hypermarché peut rapidement mettre en faillite toute un secteur, comme les épiceries ou les boulangeries, avant de passer à un autre secteur. Mais il s'agit là plutôt du problème des entreprises monopolistiques, qui est proche mais néanmoins différent de la question pure de la publicité.
    Dans d'autres cas (le vin, les produits alimentaires, les plages...), la publicité prend la forme de "labels", "médailles", et autres distinctions que l'on obtient à condition de les avoir demandés, ce qui a un coût financier: ceci aux dépends de la qualité réelle du produit. En 2003, nombre de petits producteurs du Languedoc ont d'ailleurs boycotté le Salon de l'Agriculture de Paris (faisant donc l'impasse sur le concours agricole) en raison de la hausse des frais de participation. Et tout ceci n'empêche pas la publicité toute ordinaire pour faire ensuite connaître la "médaille d'or du concours général" ou le "label de l'agriculture raisonnée", autants d'étiquettes qui ne renseignent pas sur la qualité du produit.

Le cas particulier des grandes surfaces commerciales

On pourrait écrire un livre sur les nuisances causées par le développement des hypermarchés, phénomène qui en Europe est propre à la France (en contaminant l'Espagne depuis quelques années), et dont je souhaite vivement la disparition totale à la plus brève échéance possible.
On connait leur effet sur l'économie en général (étrangler les producteurs et les pousser à produire la qualité la plus basse; vendre les produits, en moyenne, à un prix élevé à cause de leur situation de monopole, de leurs importants bénéfices, de la complexité de leurs circuits commerciaux, ...et de la publicité). On connait leur contribution à la destruction de l'environnement urbain (villes désertifiées, banlieues dortoirs sans aucune vie sociale). On connait leurs conséquences sur l'environnement (magasins conçus pour la voiture et générant d'importants trafics, emballages trop nombreux avec la suppression des produits en vrac, transport des marchandises d'un bout à l'autre de l'Europe, dissémination de sacs en plastiques, enlaidissement du paysage).

Mais la grande distribution joue un rôle très particulier concernant la publicité, et ne pourrait pas vivre sans la publicité. Pour preuve, le kilo de pub distribués chaque semaine dans chaque boîte aux lettres, sans compter la radio, la télé, les journaux, l'affichage... Tentons de comprendre pourquoi la publicité est aussi inséparable de la grande distribution.

Elle réduit la liberté

Quand une activité est financée par la publicité, il est évident qu'elle ne peut plus aller contre l'avis de ses annonceurs. Le problème le plus crucial concerne bien sûr les médias: un magasine publiant des réclames de Danone ne parlera pas des pratiques commerciales dictatoriales de cette entreprise, pas plus qu'un journal local vivant des annonces légales de la mairie ne pourra contester ouvertement l'équipe municipale. A mon vis, aucun journal ne devait avoir de publicité: seule la publicité dans un domaine ne concernant pas l'objet du journal pourrait être acceptable (comme une réclame pour des ordinateurs dans une revue de moto), mais ce n'est bien sûr jamais le cas. Et dans certains cas des annonces sont utiles dans la presse spécialisée (exemple: annonce des nouveautés des fabricants de composants dans une revue d'électronique), mais la perte de liberté est bien réelle: pourquoi les magazines d'informatique critiquent-ils si rarement Microsoft?
Concernant les journaux, il reste clair qu'au-delà de la publicité, les entreprises ont un moyen encore plus radical de contrôler les journaux: tout simplement en les achetant. C'est ainsi que la quasi-totalité de la presse française (y compris les télés privées) est contrôlée par les vendeurs d'eau (Vivendi "compagnie générale des eaux", la Lyonnaise des eaux), les bétonneurs corrupteurs de la vie politique (Bouygues), et les marchands de canons (Lagardère "Matra-Hachette"... alors qu'on sait bien que ce phénomène fut largement à l'origine de la guerre de 1914-18).

On peut aussi constater que l'omniprésence de la publicité rend plus difficile d'autres types de communication. Par exemple, faire un joli dessin sur son mur extérieur semblera condamnable à certains qui n'auraient pas été surpris par une pub (alors que c'est a priori permis). Le militantisme direct auprès de la population devient difficile tellement les gens ont pris l'habitude d'éviter les démarcheurs publicitaires. Et certains vous feront même des reproches si vous faites campagne dans la rue pour un candidat à une élection alors que la campagne électorale est à la base de tout système publicitaire: oui, mais les publicitaires ont cherché à convaincre les gens que c'est la pub qui représente la liberté, par opposition au contact direct entre êtres humains.

Considérations générales

On peut séparer les actions possibles en plusieurs catégories (chacune pouvant rentrer dans plusieurs catégories à la fois). Chacun choisira ce qui l'intéresse en fonction de ses convictions propres, et je les classerai avec des étiquettes:
Dans la suite, je vais classer les actions possibles en fonction du type de support publicitaire, à chacun de voir si les conséquences sont celles qu'il souhaite. J'indique également, dans la mesure du possible, le degré d'efficacité.

Actions valables pour tout type de publicité

Actions en fonction du type de support

La publicité distribuée dans toutes les boîtes aux lettres

Ce sont principalement des réclames des grandes surfaces de la région, et le volume est souvent énorme. Je ne connais pas de manière efficace de s'en débarrasser, et il y a des méthodes qui sont même totalement inefficaces, par exemple: Voici donc ce que je peux proposer:

La publicité adressée par courrier

Là encore, on reçoit de la publicité dans la boîte aux lettres, mais adressée à son nom. La gêne est supérieure, car on perd plus de temps avant de comprendre qu'il s'agit d'une publicité inutile, mais on en reçoit quand même moins car cela revient bien plus cher que la publicité non adressée (malgré les tarifs promotionnels de la poste pour les gros volumes). On peut y faire pas mal de choses, en fonction de l'origine de la pub:
D'une manière générale, indiquez systématiquement, même si ce n'est pas proposé, lorsque vous indiquez votre adresse à n'importe quel entreprise ou organisme, que vous refusez que vos coordonnées soient vendues ou cédées à des tiers sauf nécessité absolue pour les besoins du service demandé (exemple: une société de vente par correspondance peut donner votre adresse au livreur, mais pas la vendre à une autre entreprise commerciale).

La publicité par téléphone ou par fax

[RÉSISTANCE PASSIVE] C'est sans doute la forme de publicité la plus gênante, mais c'est également la plus facile à éviter. En effet, il y a des protections légales: une société de vente par téléphone ne peut pas appeler au hasard les numéros de l'annuaire, ni composer des numéros au hasard, pour la bonne raison que certains ne souhaitent pas recevoir ses appels, et qu'elle a donc l'obligation légale de le vérifier. Concrètement, pour France Télécom, il suffit de demander gratuitement l'inscription à la « liste orange » (pour le téléphone), ou à la « liste safran » (pour le fax), afin d'être exclu de toutes les listes fournies par France Télécom (sauf l'annuaire, qui ne doit pas être utilisé pour les appels publicitaires). On ne peut que regretter le peu d'enthousiasme de France Télécom à faire connaître cette possibilité à tout un chacun, mais la raison en est claire! C'est très rapide et très simple, soit en le demandant lors de l'abonnement, soit par simple appel gratuit à l'agence commerciale (le 10 14 pour un particulier).

Concrètement, les entreprises souhaitant faire de la vente par téléphone ou par fax devront acheter des listes à France Télécom, listes qui sont expurgées des numéros en liste orange.

Pour les autres opérateurs, il y a forcément la possibilité de les interdire également de vendre votre numéro de téléphone: en général, il s'agit tout simplement d'une case à cocher sur le formulaire d'inscription, ou bien d'une demande à faire ultérieurement.

Avantage: si malgré tout vous recevez un appel publicitaire (ce qui sera extrêmement rare, selon mon expérience), vous saurez que c'est illégal, et vous pourrez questionner l'interlocuteur sur la provenance de votre numéro de téléphone. En général, votre interlocuteur (une jeune femme mal payée, et astreinte à lire un texte très long sans pouvoir changer un mot, tout en réagissant à vos réponses selon un manuel qui ne laisse aucune liberté) vous dira appartenir à une entreprise qui n'existe pas en réalité. Autre possibilité: l'offre est elle-même une escroquerie (exemple: vous avez gagné des vacances en Espagne... mais elles vous coûteront cher si vous acceptez!).

N'oubliez pas cependant qu'une entreprise a pu avoir votre numéro par un autre moyen: ne laissez donc pas votre numéro lorsque ce n'est pas nécessaire, et si vous le laissez à une entreprise, interdisez-lui de le revendre (comme pour la publicité adressée par courrier). Et sachez qu'en cas de harcèlement téléphonique, la loi vous protège efficacement. Le numéro de votre interlocuteur est toujours enregistré dans le central téléphonique, donc la police peut le retrouver. Mais ceci concerne habituellement plus des affaires de moeurs que des questions de publicité.

Mise à jour 2006: le harcèlement publicitaire par téléphone augmente actuellement très fortement. Une raison probable à cela: avec les systèmes de "voix sur IP" (Freebox et similaires), le coût des appels téléphoniques devient négligeable. C'est assez préoccupant.

[RÉSISTANCE ACTIVE] Si jamais vous recevez un appel publicitaire, le plus simple est de raccrocher immédiatement: vous ne perdez pas de temps. Au contraire, vous pouvez tenter de faire perdre du temps à votre interlocuteur, voire à lui donner des fausses informations pour lui faire perdre de l'argent, mais alors vous perdez aussi votre temps. Un compromis: posez le combiné, et revenez quelques minutes plus tard pour raccrocher le téléphone. L'appelant étant programmé pour faire son (long) discours avant de demander votre avis, il lui faudra pas mal de temps avant de détecter votre absence. De plus, l'impression de parler dans le vide est particulièrement pénible!

[RÉSISTANCE ACTIVE] demandez immédiatement à votre interlocuteur les coordonnées exactes (nom, adresse, téléphone, K-bis) de la société de démarchage téléphonique dont il est salarié. Si vous êtes sur liste orange, ils savent parfaitement que leur appel est illégal, et donc ils partent en courant. Aucun ne m'a encore répondu quand j'ai posé cette question pourtant très simple!

La publicité par courrier électronique

C'est relativement récent, mais lorsque vous possédez une adresse électronique, vous recevez en général de la publicité, le plus souvent en anglais, d'entreprises que vous ne connaissez pas. C'est gênant car ça fait perdre du temps, et même de l'argent lorsque l'on paye sa propre connexion informatique par téléphone. Cette forme de publicité s'appelle le « spam » dans le jargon des internautes, et elle a pris une ampleur énorme, au point d'émouvoir les pouvoirs publics, en particulier la CNIL. Le phénomène s'est récemment multiplié de façon vertigineuse par l'alliance entre les auteurs de virus informatiques visant le système Windows (et surtout les logiciels Outlook Express et Internet Explorer) et les publicitaires par e-mail. L'ampleur du phénomène amène à douter de la viabilité du courrier électronique d'ici à quelques années. On peut voir plusieurs formes de protection: Conclusion: il va certainement falloir à court terme que les protocoles pour le courrier électronique évoluent pour permettre d'identifier de façon fiable l'auteur des messages et à créer des listes noires efficaces. Le seuil écueil à éviter est de rendre les protocoles dépendants d'un système propriétaire (concrètement, qui exige pour chaque création d'adresse le paiement d'une cotisation à Microsoft, par exemple). Une solution intéressante pourrait être basée sur une clé publique disponible sur le serveur de nom de domaine (DNS) du domaine correspondant à l'adresse que l'on prétend utiliser.

Les pubs dans la presse écrite

La publicité est la principale source de revenus de la plupart des journaux. Certains en ont tellement qu'ils peuvent même être distribués gratuitement: au moins, c'est honnête, d'ailleurs "20 minutes" (à Paris, Marseille, Madrid, et d'autres villes étrangères) semble avoir plus de succès que "France-Soir"! Dans le cas des journaux gratuits de petites annonces, l'avantage est que le journal ne contenant aucune information, il n'y a pas d'interférences entre la pub et le contenu du journal: il n'y a pas autre chose. Ainsi, ces journaux remplissent efficacement une mission utile: permettre à chacun de vendre une voiture ou une armoire, de trouver une maison, une épouse, ou un chien, etc...

Le problème existe pour les journaux « normaux », que l'on achète pour leurs articles, soit d'information générale, soit dans un domaine spécialisé (hobby ou professionnel), ou encore les journaux d'opinion. En effet, outre l'ennui de chercher les articles parmi la publicité, le contenu est adultéré pour ne pas froissé les annonceurs. Je mets un peu à part la question de certains journaux spécialisés que l'on peut acheter entre autres pour avoir des publicités (pour connaître les nouveautés des fabricants), et où l'on ne réclame donc pas une grande objectivité du journal, mais ce cas est très rare.

Le comble de la déchéance est atteint par diverses pratiques, comme le « publi-reportable »: une publicité sur plusieurs pages est publiée avec la présentation exacte d'un article habituel, avec une simple mention « publi-reportable » en minuscule dans un coin de la page, tellement discret que ça frôle l'illégalité. Ce genre de pratiques appelle, selon moi, une lettre de demande d'explications au directeur du journal. Dans le même genre, des petites publicités présentées comme des articles et surmontées d'un simple mot: « (publicité) » ou « (communiqué) ». Le cas extrême est représenté par des revues féminines, où les articles sont présentées comme des publicités, et au milieu de publicités. Si ayant été attiré par un titre de la couverture, vous arrivez au bout de la revue sans avoir remarqué l'article correspondant, la revue en question ne mérite certainement pas mieux que la poubelle. Il est par exemple impossible de lire "20 Ans" d'un bout à l'autre, par contre si on garde un doigt sur le sommaire on fait rapidement le tour des quelques articles intéressants sans passer par les publicités. Et si le journal est allé jusqu'à supprimer les numéros de pages? Eh bien direction poubelle!

Lorsqu'on lit un journal, il faut savoir pour qui il a été écrit. La présence d'une grande publicité sur toute la dernière page de couverture, ou sur toutes les pages de droite (considérées comme « la belle page » par les publicitaires français, car c'est celle qu'on voit en premier en tournant la page), indique que le journal est écrit pour ses annonceurs plus que pour ses lecteurs. Dans un journal local, regardez par qui sont insérées les « annonces légales et obligatoires », genre de petites annonces d'appels d'offre ou autres, qui sont facturées très cher par les journaux, et vous saurez à quel pouvoir est inféodé le journal (exemple: la Gazette de Montpellier est totalement inféodée à la mairie de Montpellier et à Frêche, tandis que le Midi-Libre reçoit de l'argent de toute une liste de collectivités, qui évoluent d'ailleurs en fonction des articles qui ont pu fâcher des élus). Si un journal a été écrit pour les annonceurs, pourquoi l'avoir acheté?

Au passage, ne pas oublier qu'un média dépend d'abord de son propriétaire, indépendamment de la publicité. C'est hors sujet, mais à rappeler car les médias français dépendent en majorité de groupes industriels (compagnies des eaux comme Vivendi/Générale des Eaux, compagnies de travaux publics comme Bouygues, marchands d'armes comme Largardère/Matra-Hachette ou Dassaut), et qui ont de multiples intérêts à posséder des médias car ils tirent le plus gros de leurs revenus de marchés publics: soit le journal va leur permettre de se présenter sous un jour favorable (l'Express ne va jamais parler des magouilles de Vivendi, ni TF1 de celles de Bouygues), de vanter l'utilité de leurs réalisations (TF1 peut parler de la nécessité de construire des autoroutes et faire des reportages sur l'île de Ré, dont le pont à péage est concédé à Bouygues), et de disposer d'un important moyen de pression sur les hommes politiques, qui sont justement leurs donneurs d'ordre. Exemple: le maire de Montpellier (à l'époque G.Frêche) a raconté comment Francis Bouygues l'appelait pour lui demander s'il avait choisi le constructeur du palais des congrès (le Corum), et lui faisait simultanément miroiter une entrevue au journal de TF1. Finalement, le Corum a bien été construit par Bouygues (grâce d'ailleurs à la vente du réseau de distribution de l'eau à la CGE, devenue par la suite Vivendi, qui possède également le magazine l'Express qui fait régulièrement des articles à la gloire de Frêche).

Le seul moyen d'action est de bien choisir ses sources d'information, et autant que possible de préférer les journaux sans publicité et indépendants. Sans bien sûr oublier que n'importe qui a le droit de publier un journal (même sans carte de journaliste), et qu'une SARL de presse se crée très facilement (avec un capital de 2000F contre 50000F pour les autres SARL). Alors, qui sait si le public ne serait pas preneur d'un nouveau journal, garanti indépendant et sans publicité, quitte à le payer un peu plus cher pour moins de pages, et à tolérer une présentation pas encore parfaite.

J'avais d'ailleurs un projet de journal d'information générale hebdomadaire dans la région de Montpellier, et il se trouve qu'un tel journal (avec de la publicité mais en très petite quantité et dans des domaines ne nuisant pas à l'indépendance du journal) a été lancé par d'autres personnes, au printemps 2002: il s'agit de "L'Agglo-Rieuse", merci à eux et meilleurs voeux de succès. Mise à jour 2005: ce journal est encore peu important, mais il semble aujourd'hui durablement installé, et clairement sur la bonne pente. Il a été depuis complèté par un mensuel sans la moindre publicité et totalement indépendant, "L'Accroche", excellente source d'informations.

La pub à la radio et à la télé

Là encore, on peut choisir ce qu'on regarde ou ce qu'on écoute. Sans doute existe-t-il dans votre région une ou plusieurs radios associatives, sans publicité, et qui de plus accepteraient avec plaisir votre aide. Pour une télévision, c'est plus difficile, d'autant que le CSA, autorité responsable en la matière, favorise le plus souvent les grands projets.

De plus, si la publicité à la télé vous est si pénible, ne serait-il pas plus simple d'éteindre le poste? Quant aux films, les petits cinémas ne sont pas forcément si chers (par rapport à une télé, mais aussi une parabole, un décodeur, des abonnements, la redevance...), et s'il n'y a pas par chez vous, c'est peut-être qu'il y aurait une demande: il y a actuellement un vrai engouement du public pour le cinéma, peut-être aussi dû à l'excès de coupures publicitaires à la télé. J'avoue être incapable de voir un film à la télé jusqu'au bout, à cause de la pub, alors que j'aime le cinéma.

Reste le cas où vous tenez à regarder une chaîne commerciale ou à écouter une radio avec pub, comment faire? Quelques idées:

La publicité sur le web

Presque toute l'économie du réseau internet vit de la publicité. Plus les investisseurs deviendront méfiants, et mieux les publicitaires comprendront le fonctionnement du système, plus les publicités risquent de devenir agressives et gênantes: clignotantes, défilant devant le texte que l'on lit, apparaissant dans une fenêtre qui envahit l'écran et ne peut pas se fermer,...

La seule solution est d'utiliser un logiciel qui permet de se protéger de ces publicités, qui sont en général reconnaissables même par une machine (domaine internet d'origine, taille standardisée des bandeaux, fenêtres "pop-up" apparaissant sans opération de l'utilisateur, etc...). Vous devrez donc remplacer Netscape ou Internet Explorer par d'autres logiciels (exemple: internet Cab, sur Mac). Bien sûr, la réponse des annonceurs sera (et est déjà) de créer des sites lisibles uniquement avec les logiciels qui affichent toutes les publicités, ou à obliger de passer par un site entièrement publicitaire avant de lire la page que vous souhaitez. Il faut alors s'opposer à cette évolution, par exemple en envoyant un message au responsable signifiant que vous n'avez pas pu lire son site, ou simplement en ne consultant plus ce genre de sites.

Depuis peu, on parle de logiciels permettant d'éviter la pub (à la fois pour le confort, et pour accélérer les téléchargements), dont WebWasher ou autre. Je ne connais pas vraiment, mais pourquoi ne pas essayer? Sans doute qu'un jour, les sites seront tellement imbriqués de pub qu'il sera impossible de passer au travers: ce jour-là vous pourrez cesser de les consulter.

[RÉSISTANCE PASSIVE] [TRÈS EFFICACE!!!] Personnellement, j'utilise Privoxy (une version améliorée de JunkBuster, un logiciel mis au point par l'association américaine JunkBusters, mais dont le développement cessé), un petit programme très efficace disponible pour Unix, Windows, et MacOS X. C'est gratuit (en licence GPL, comme Linux), à télécharger sur www.privoxy.org. Ce  programme est techniquement un "proxy": le navigateur lui demande d'aller chercher les pages internet, et c'est Privoxy qui contacte effectivement le site Internet pour avoir la page. Dans le cas où l'adresse indique clairement que c'est de la pub (les pubs sont en général sur d'autres serveurs de façon à pouvoir faire payer l'annonceur en fonction du nombre d'internautes qui ont vu la pub, ou bien dans un répertoire spécial souvent nommé "/ads/"), le programme renvoie une image (ou un texte) indiquant qu'une pub a été bloquée (on peut néanmoins la consulter si on veut). Privoxy est bien plus intelligent que JunkBuster, et utilise un grand nombre de critère pour détecter les pubs: étonnant, ce programme marche déjà très bien, tel quel, sans aucune personnalisation (alors qu'il n'a pas été prévu spécialement pour la France), mais on peut rajouter des règles (exemple: éliminer les images de telle taille venant de tel serveur, ou bien tout ce qui vient du répertoire /pubs/ du site lemonde.fr...
Du coup, la navigation redevient agréable, et également beaucoup plus rapide car les pubs sont longues à télécharger (ce sont des images, souvent animées), et les serveurs de pubs sont souvent très encombrés (comme doubleclick.net, par exemple). Attention, ça peut poser des problèmes pour consulter certains sites, et là il y a deux solutions: soit configurer Privoxy pour limiter le filtrage au site en question (ce n'est pas toujours évident de voir ce qui a réellement posé problème), soit le désactiver complètement pour ce site (soit en mettant Privoxy en mode non-filtrant le temps de la consultation, soit en disant au navigateur de ne pas utiliser le proxy pour une adresse déterminée).
Je reconnais que la configuration de Privoxy peut demander quelques temps pour un néophyte. Cependant, la configuration par défaut est déjà très satisfaisante, et en cas de soucis il reste toujours l'option "désactiver Privoxy" pour consulter le site qui pose un problème.

Pour plus de détails, cherchez sur le web... Par exemple, lisez cette intéressante page.

L'affichage sur les murs et sur les panneaux

Véritable pollution visuelle, ces panneaux pullulent. Ils font toutes les tailles jusqu'à 8 mètres sur 3, et certains sont même animés. Comment réagir?

Dans les transports en commun

C'est habituel de poser des pubs sur les bus, ou dans les couloirs de métros, ou encore aux arrêts de bus. C'est difficile de lutter contre, tout au plus peut-on retirer les publicités qui pendent à l'intérieur des véhicules. Et ce serait une bonne idée si les tagueurs de bus, si nombreux, se limitaient à ne taguer que les publicités.

Dans des transports vraiments saturés de publicité, comme le métro parisien, le voyageur débutant qui regarde à droite et à gauche, ne voit que des publicités. Et l'habitué, lui, ne voit plus les publicités: il a pris l'habitude de se renfrogner et de ne plus rien regarder. À mon avis, c'est une raison non négligeable des visages si soucieux que l'on croise dans ce métro (pour en être sûr, il faudrait construire une ville comparable à Paris, mais sans publicité dans le métro...).

Une nouvelle mode est le « pelliculage »: un film imprimé est posé sur tout le véhicule, y compris sur les fenêtres. Il n'empêche pas la vision depuis l'intérieur, car il y a des petits trous dans la pellicule, mais il rend l'engin particulièrement laid. Il serait efficace de refuser ostensiblement de monter dans un tel véhicule, ou bien de refuser systématiquement de payer (s'il y a de la publicité, ça devrait être gratuit), ou encore que des usagers manifestent contre cette pratique.

[RÉSISTANCE ACTIVE] Pour ceux que ça ne décourage pas, une information que l'on m'a indiquée: les pellicules utilisées pour la publicité sont (plus ou moins) faciles à installer, et faciles à retirer: une publicité chasse l'autre, et il ne faut pas abîmer le véhicule lui-même. Conclusion: il est très facile de tirer sur un coin de la publicité pour décoller toute la pellicule. Ce n'est pas forcément très discret, mais dans un embouteillage vous aurez largement le temps de dépelliculer un bus! Un militant circulant à vélo serait parfaitement assuré de pouvoir se mettre à l'abri si jamais cette initiative ne plaisait pas au chauffeur du bus. Pour autant, le pelliculage ne vous appartenant pas, ceci est strictement illégal: il s'agit d'une dégradation légère (car le bus n'est pas détérioré dans l'opération), punissable d'une peine d'amende.

Enfin, une remarque: le nouveau tramway de Montpellier, réalisation de prestige de la mairie, est indemne de publicité (ni sur les rames, ni dedans, ni même aux arrêts importants), preuve que quand on aime, on n'y colle pas de réclames. Tandis que le vieux tram de Saint-Étienne, quasiment laissé à l'abandon par la municipalité, est lui maculé de publicité sur toute sa surface... Hélas, au même moment, la mairie de Montpellier a permis l'installation de centaines de panneaux, en plein milieu des trottoirs, qui sont en plus très bruyants, car la publicité change toutes les 6 secondes. Les trottoirs, qui sont déjà étroits, n'avaient vraiment pas besoin de ça!

Dans les magasins

Ça semble normal de mettre de la publicité dans un magasin: il faut que le client sache ce qu'il peut y trouver. Mais le problème se pose dans les grands magasins, qui ont des pratiques contestables:

La publicité à des endroits « anormaux »

Non contente d'envahir les murs, les bus, les radios, les télés, et les boîtes aux lettres, la publicité tente de s'introduire dans des endroits encore préservés, par exemple:

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