L'émission monétaire et la crise financière

Sommaire

Un exposé sur l'Europe: démocratie et économie (29/11/2013)

Voici un texte que j'ai écrit spécialement pour Cédric Villani, un brillant mathématicien (médaille Fields 2010) que j'ai cotoyé pendant mes études. Il est par ailleurs vice-président de l'association «Europa Nova», un club pro-européen dont les objectifs sont excellents (refonder l'Europe, réagir face au rejet exprimé par les citoyens...), mais dont les propositions actuelles sont un peu convenues, je les résumerais ainsi: «il faut mieux faire connaître l'Europe auprès des citoyens» et «si l'Europe avait plus de pouvoir, elle pourrait agir plus efficacement et on retrouverait la croissance».

J'ai donc fait confiance à sa lucidité, et à sa capacité à analyser des problèmes complexes dans leur globalité.

C'est un essai de 20 pages, qui dresse un tableau général (politique et économique) sur l'Europe. Table des matières:

  • Pourquoi l'Europe se doit d'être démocratique (pourquoi c'est sa raison d'être):
    • Pourquoi, sous sa forme actuelle, elle ne l'est pas: la prédominance des gouvernements et de la Commission.
    • Qu'une démocratie doit pouvoir corriger ses erreurs. L'Europe ne le peut pas: des traités sont «irrévocables».
    • Que les parlements doivent avoir le dernier mot: parlement européen ou parlements nationaux, peu importe.
  • Pourquoi le libéralisme est un système instable:
    • L'augmentation spontanée des inégalités
    • L'échec des politiques contracycliques
    • Comment apparaissent les bulles financières
    • Comment le crédit est la source de la monnaie; une autre manière de comprendre les bulles financières
    • Des outils pour stabiliser l'économie
  • La vaine poursuite de la croissance du PIB, et le rôle de l'État:
    • Le PIB, un mauvais critère, mais important sur le plan fiscal
    • Pourquoi la course à la croissance: raisons matérielles, raisons macroéconomiques
    • La dette publique, en tant qu'outil de croissance du PIB
  • La finance dans l'Union Européenne actuelle:
    • L'interdiction de la création monétaire, la stabilité des prix et l'indépendance de la BCE
    • Des endettements décriés mais rendus inévitables
    • L'ouverture des frontières aux flux financiers
  • Une analyse de la situation politique (en France) sur l'Europe et l'instabilité du libéralisme

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Courts billets à télécharger

Ces textes peuvent être denses, mais ils tiennent en 1 page.

Date
Titre
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01/01/2012
Le Mécanisme Européen de Stabilité (MES, ESM en anglais): un hold-up à 700 milliards
Ce texte concerne le MES 2011 (sauvetage des États), mais c'est le MES 2012 (sauvetage des banques également) qui a été finalement ratifié.
PDF  ODT
05/11/2011
Crise de la dette? Non: crise du trop d'argent!
Explication à partir du bilan financier général (2 pages)
PDF  ODT
 ODG
22/10/2011
Détournement d'une publicité des banquiers français (une pleine page dans tous les journaux): une pub bourrée d'erreurs!
PDF
 ODG
Version haut contraste pour impression N&B
PDF
(19/10/2011)
(publicité: la version originale des banquiers)
PDF  PNG
07/09/2011
La limitation des déficits en Espagne: une limitation bidon, mais une vraie arnaque!
PDF  ODT
PDF ( Acrobat Reader): pour lire et imprimer;  ODT, ODG (OpenOffice, LibreOffice ): pour copier ou modifier (en citant la source, merci)

Ailleurs sur le web:

La réalité de la Grèce aujourd'hui (à visionner ou à écouter): Dimitri, dont les parents sont grecs, explique ce qu'il a vu. Attention c'est dur, rien à voir avec les discours de salon «les Grecs ne travaillent pas assez etc...». Durée 20 mn, filmé le 30/11/2011 près de Montpellier: http://dai.ly/smrztG

La Grèce, laboratoire d'expérimentation pour l'Europe?, un article passionnant de Gabriel Colletif (prof d'économie à Toulouse) sur la crise grecque, à lire sur son blog, publié le 12/12/2011.

Le Mécanisme Européen de Stabilité: vidéo remarquable, de moins de 4 minutes, avec sous-titres français (VO allemande). Très instructif et parfaitement argumenté, mais cette vidéo décrit la version signée en 2011, pas celle signée en 2012 (et ratifiée), qui prévoit en outre le renflouement des banques par l'Europe.

Infos diverses

2011: L'Islande, que les financiers ont voulu saigner, a refusé et s'en sort de façon honorable. Le pays a refusé de prendre en charge les malversations et les erreurs des banques privées. Ce minuscule pays de 300 000 habitants nous donne une leçon que nous devrions tous suivre.

Un article passionnant des Économistes Atterrés nous montre la voie:
- télécharger ici sur le site d'ATTAC Islande (en français)
- si ça ne marche pas, télécharger une copie locale ici.

Les banques fabriquent l'argent

En 2009, lorsque j'ai commencé à vouloir comprendre la finance, presque personne n'avait de réponse à une question aussi simple que «qui crée la monnaie?». La réponse est pourtant connue: la grande majorité de la monnaie en circulation est créée à partir de rien par les banques commerciales. Lorsqu'une banque accorde un crédit, il lui suffit d'écrire le montant du crédit sur le compte de son client, elle n'a pas besoin pour cela de disposer de monnaie.

Mais les livres universitaires ignoraient la question ou parlaient de systèmes disparus. Les banquiers, leurs économistes attitrés, et divers experts autoproclamés (par exemple un certain Jorion), niaient l'évidence.

Mais la crise financière a éveillé l'intérêt sur la système financier, des gens ont réfléchi, ont étudié la question et se sont exprimés, souvent maladroitement et avec des grosses erreurs, mais la vérité a progressivement émergé aux yeux de chacun. Du moins, la discussion était lancée et allait rapidement faire émerger la vérité: bien sûr, ce sont les banques commerciales qui fabriquent l'argent, c'est une évidence.

[parmi les pionniers, un Canadien anglophone, Paul Grignon, s'est illustré en 2008 avec un dessin animé «L'Argent-Dette». Comportant de graves erreurs et utilisant un ton conspirationniste, ce dessin animé a pourtant eu l'immense mérite de faire connaître au grand public que l'argent est fabriqué par les banques. Les versions suivantes, plus longues et soporifiques, ne corrigent que partiellement les erreurs de la première version, car l'auteur est vraiment très têtu!]


Les banques fabriquent donc bien l'argent: c'est au programme de la classe de 1ère ES, au point 4.3 du programme de Science Économique, publié au Bulletin Officiel du ministère de l'Éducation Nationale, le 23 mai 2013:

4.3 Qui crée la monnaie ?
Notion: Masse monétaire, marché monétaire, banque centrale, prêteur en dernier ressort
Indications: On présentera, à l'aide d'exemples simples, le processus de création monétaire par les banques commerciales («les crédits font les dépôts»). On montrera le rôle central du marché monétaire. On pourra citer les autres sources de la création monétaire (créances sur le Trésor et devises). Pour ce faire, on définira la banque centrale comme la «banque des banques» et on montrera l'importance de son rôle pour assurer la liquidité (notamment lors des crises de confiance) et préserver le pouvoir d'achat de la monnaie.

[source: BO n°21 du 23 mai 2013 du Ministère de l'Éducation Nationale.
* en PDF sur ce site (voir page 5, point 4.3)
* ou directement en ligne sur le site du ministère]

Ce point est clairement expliqué dans la fiche de 6 pages préparée en juillet 2011 par le Ministère de l'Éducation Nationale sur ce point «4.3 Qui crée la monnaie?»: elle est très claire et donc à lire absolument: en PDF sur ce site


Le Ministère de l'Économie confirme cette évidence, car il n'est pas en reste de pédagogie: sa rubrique pédagogique «Facil éco» propose une «boîte à outils» qui contient notamment un «Dico de l'éco». Voici donc ce qu'indique le Ministère de l'Économie à l'entrée «Masse Monétaire»:

« Masse monétaire

C’est une masse dont la liquidité est prise en compte. La masse monétaire correspond à l’argent d’un pays en circulation sous différentes formes : les pièces, billets et comptes-courants (banque, Poste), les comptes sur livret, livret Caisse Epargne, Codevi, compte épargne logement, dépôts en devises et certains titres émis par les banques. Elle donne la mesure du pouvoir d’achat à un instant donné. Une banque qui consent un crédit augmente la masse monétaire. Mais elle doit en contrepartie créer une réserve obligatoire pour un pourcentage de ce prêt. La banque centrale peut agir sur la masse monétaire en augmentant ou allégeant l’obligation des banques de se doter les réserves obligatoires. Elle a aussi un rôle essentiel dans la surveillance des activités bancaires et la diffusion des crédits. La banque centrale fixe aussi le taux d’intérêt de l’argent : pour l’Europe, c’est le rôle de la Banque Centrale Européenne (BCE).»


[Remarque: le ministère affirme que la banque centrale peut agir sur la masse monétaire, et c'est techniquement exact: les taux de réserves obligatoires, le taux d'intérêt proposé aux banques, ou d'autres moyens, sont à sa disposition et influent directement sur la quantité de monnaie créée par les banques commerciales.

Pourtant, ce point est souvent contesté par les économistes. Car en pratique, la seule alternative qui reste aux pouvoirs publics (depuis qu'ils ont renoncé à toute volonté de contrôler la finance) semble être, soit de laisser les banques commerciales créer de la monnaie et donc alimenter les bulles financières, soit de restreindre la création monétaire et de provoquer une récession socialement insupportable. Dans le cas de l'Europe, c'est pire encore, car la BCE est indépendante de tout contrôle démocratique et s'intéresse plus aux intérêts des banquiers qu'à ceux des citoyens.]

Traités européens: Mécanisme européen de stabilité, Pacte budgétaire

Ces textes se rapportent à des textes adoptés en 2011-2012 et qui ont eu une grande importance sur la politique monétaire et économique de l'Union Européenne. Ils restent donc dignes d'intérêt.

Le Mécanisme Européen de Stabilité (MES, ou ESM en anglais):
Ce traité instaure une institution intouchable qui prend des centaines de milliards aux États (142 milliards pour la France) et joue avec, de façon non démocratique mais intergouvernementale (donc dans les mains de l'Allemagne et de la France, pour faire simple). Il a été signé en juillet 2011, puis re-signé en février 2012 avec des modifications permettant notamment de renflouer des banques: la version de 2011 ne prévoyait que de renflouer les États. C'est une véritable forfaiture, ratifiée sans référendum. La 2e version fait référence à un autre traité, déjà rédigé mais pas encore signé à la signature du MES: le TSCG, voir paragraphe suivant.

Le «Traité sur la Stabilité, la Convergence et la Gouvernance dans l'union économique et monétaire» (TSCG, ou «Pacte budgétaire»), a lui aussi été adopté d'extrême urgence. Seule la version anglaise était disponible quand il a été adopté au parlement français, nos parlementaires ont donc ratifié un texte que, pour beaucoup d'entre eux, ils ne comprenaient pas. Il prévoit l'interdiction des déficits publics (maxi 0,5% à 1% du PIB) et la mise des États sous tutelle, sous peine de ne avec accès aux milliards d'euros qu'ils auront apportés au MES. C'est un coup d'État désespéré et odieux de la finance contre la démocratie européenne. Avant son élection, François Hollande s'était engagé à ne pas le ratifier à l'état, mais juste après, il l'a fait ratifier sans le moindre changement, au prétexte d'un «pacte pour la croissance» inexistant.

Le «Pacte européen pour la croissance et l'emploi» est une déclaration d'intention sollicitée par François Hollande, comme prétexte pour ratifier le TSCG malgré sa promesse; il n'a aucune existence légale, juste une vague déclaration du président du Conseil Européen, Herman Van Rompuy, qui vise à recompter des budgets déjà existants.

Type d'info
Documents concernant les traités européens sur la crise de la zone euro
format
Argu-
men-
taire
«Les MES 2012 et le Pacte budgétaire, un hold-up à 700 milliards et un coup d'État», texte du 19/02/2012. Analyse de la deuxième version du MES et de son traité associé, le TSCG, dans une présentation générale.
PDF  ODT
ancienne version: «Le MES 2011: un hold-up à 700 milliards» (1 page), texte du 01/01/2012
PDF  ODT
Traité
TSCG
Traité sur la stabilité, la Convergence et la Gouvernance dans l'union économique et monétaire (TSCG, ou Pacte budgétaire, lié au traité MES), version signée le 03/02/2012
(il n'était pas disponible en français au moment de sa signature définitive!)
PDF
Traité(s)
MES
Traité MES de 2011, en français (traduction officielle, que l'Europe n'a communiqué qu'au compte-goutte). PDF  ODT
Traité MES de 2012, texte officiel en français PDF
Traité MES, versions 2011 et 2012: affichage des différences entre les deux versions
PDF  ODT
Pacte de
croissance

Faute de texte ayant une réalité juridique, on doit se contenter de ces «remarques» de Herman Van Rompuy, président du Conseil Européen, le 28 juin 2012 (2 pages, n° EUCO 127/12), faite avant la fin de la réunion des 28-29 juin 2012.
En réalité, le «Pacte de croissance» n'existe pas!
PDF
Ratifi-
cation
du
MES
21/02/2012: adoption du MES (v2012) à l'Assemblée
par une procédure d'urgence, 19 jours après sa signature (combien de députés l'ont-ils étudié?):
POUR: UMP, Nouveau centre
CONTRE: Front de gauche, quelques écologistes, 20 socialistes, non-inscrits (dont Nicolas Dupont-Aignan)
ABSTENTION: presque tous les socialistes (quelle mascarade!)

*dossier
*vote
*compte-rendu
*vidéo (archivée)
28/02/2012: adoption du MES au Sénat (2 scrutins séparés)
POUR: UMP, Nouveau centre
CONTRE: Front de gauche, Verts (CONTRE le MES, ABSTENTION sur la réforme du TFUE)
ABSTENTION: PS, Radicaux de gauche, divers gauche

*dossier
*comptes-rendus: 1a, 1b, 2
*votes: 1, 2
Ratifi-
cation
du TSCG

09/10/2012: adoption du TSCG (pacte budgétaire) à l'Assemblée
POUR: PS, UMP, Centres de droite, radicaux
CONTRE: Verts, Front de gauche, 20 socialistes de gauche, 17 UMP d'extrême-droite
*compte-rendu
*vote
11/10/2012: adoption du TSCG au Sénat
POUR: PS, UMP, centristes de droite, radicaux
CONTRE: PCF, certains Verts (très divisés: 5 contre, 5 abstentions, 2 pour)

* dossier
* séance
* vote

Références

«La dette» (2013), film de S. Mitrani et N. Ubelmann

Ce documentaire de Sophie Mitrani et Nicolas Ubelmann, réalisé après 3 ans d'enquête, est tout simplement extraordinaire:

  • par sa précision: alors qu'on trouve souvent beaucoup d'erreurs reprises de blogs en blogs, même chez des auteurs sérieux, ce film est particulièrement rigoureux
  • par sa simplicité et sa pédagogie: les auteurs ont bien compris les choses et peuvent donc les exposer clairement
  • par la qualité des personnes qui y sont interviouvées

Certains trouveront qu'il y manque des propositions, à part le récit de l'expérience islandaise. Mais tous les éléments y sont pour que chacun puisse décider quelle politique lui semble pertinente.

Consultez le blog du film pour avoir des informations sur le film, pour savoir dans quels cinémas il est projeté (peut-être lors d'une projection-débat), ou pour acheter le DVD.

[Remarque: je n'ai trouvé qu'une petite erreur dans ce film, il s'agit de la question des réserves obligatoires (l'argent que les banques sont tenues de déposer à la Banque Centrale). Le film parle d'un taux de 10% sur les crédits émis, en fait il s'agit en Europe d'un taux de 1% (il a longtemps été de 2%) sur les comptes courants tenus par la banque. Il peut s'agir d'une confusion avec les fonds propres que doivent posséder les banques du fait des règles de solvabilité de type «Bâle» (à peu près 8% des crédits émis, avec des calculs tarabiscotés). Il peut aussi s'agir d'un raccourci de langage: si on tient compte des espèces retirées par les clients des banques (statistiquement, environ 8% de la masse monétaire totale), et si on combine ceci avec les réserves obligatoires, on constate que les banques ont besoin de se doter d'argent de la Banque Centrale pour un montant correspondant à environ 10% des crédits qu'elles émettent.]

2008: Paul Grignon
le phénomène de «L'Argent-Dette»

Paul Grignon est un Canadien (anglophone) qui a conçu, avec des moyens artisanaux, une vidéo de 52 minutes nommée «L'Argent-Dette», («Money as Debt» en version originale anglaise). À partir d'octobre 2008, cette vidéo a rencontré un grand succès sur internet, remarquable pour une vidéo traitant de politique monétaire.

Cette vidéo se présente sous une forme historique à usage d'illustration. Elle comporte une erreur de calcul grossière sur la quantité d'argent qu'une banque peut prêter: un mélange entre le ratio de solvabilité et une notion erronée du coefficient multiplicateur lié au taux de réserves obligatoires imposé par la banque centrale. L'erreur ne nuit pas véritablement à la validité de la démonstration, mais l'obstination de Grignon à ne pas la reconnaître est dérangeante. Le ton de la vidéo est conspirationniste, ce qui est pénible, mais qu'on peut comprendre tant la question est peu évoquée, ou uniquement par des banquiers invités dans les médias, alors que tout est en réalité simple.

Le site web de l'auteur (en anglais), et son site dédié à ces vidéos (en anglais, permet l'achat des DVD)

L'Argent-Dette 1: en français sur le site Viméo: version initiale (à éviter), version 2010 (nettement supérieure). Cette vidéo a été reprise sur de nombreux sites.

Cette vidéo a subi une critique injuste du site Rue89, qui y a vu une manipulation contre les juifs et les francs-maçons: à conspirationniste, conspirationniste et demi?

L'article incendiaire (et absurde) de Rue89 [n'est plus en ligne]

Cependant, il est exact que Paul Grignon a participé à un film, sorti en 2000, qui défend les «chemtrails» (théorie populaire aux USA, selon laquelle des avions commerciaux diffusent des produits chimiques qui laissent une traînée blanche, afin de masquer l'effet de serre et ainsi continuer à émettre du CO2, ou pour d'autres raisons liées à une conspiration de l'État). Il est exact aussi que Paul Grignon a nié, jusqu'en 2007 au moins, la réalité des attentats du 11 septembre 2001 à New-York. Saluons l'effort pédagogique de Paul Grignon, mais méfions-nous de ses tendances conspirationnistes!

Paul Grignon a ensuite actualisé sa vidéo en corrigeant certaines erreurs, puis a créé un 2e puis un 3e, de plus en plus longs, mais sans beaucoup d'éléments nouveaux. La notion de limite écologique a fait son entrée, mais également la proposition d'une «pièce numérique» (digital coin, il ne s'agit pas du Bitcoin), qui est hautement contestable car elle prétend être à la fois immatérielle, sécurisée et anonyme, ce qui est impossible (si elle est immatérielle et anonyme, alors personne ne peut garantir sa sécurité). Ces versions révisées n'ont pas grand intérêt:

L'Argent-Dette 2: vidéo intégrale, en français sur Daily Motion.

L'Argent-Dette 3: vidéo en français sur Daily Motion, en version courte (1h05), ou en version (horriblement) longue (2h28).

Sites internet

Un bon nombre de sites web parlent de politique monétaire, mais peu en parlent d'une manière vraiment claire et rigoureuse.

  • Nouvelle Donne, parti politique créé fin 2013 et qui a entraîné beaucoup d'enthousiasme, avait une bonne analyse sur le plan monétaire et financier, et des solutions réalistes et humaines. Mais il s'est auto-détruit à coup de dissensions internes, au point qu'en 2016 il n'en reste quasiment plus rien.
  • Le Parti de l'émancipation du peuple, (anciennement M'PEP = Mouvement Politique d'Éducation Populaire), né en 2008 autour de militants de gauche, syndicalistes ou altermondialistes (mais avec une tendance souverainiste vraiment pesante), a bien saisi la question monétaire et effectue un travail pédagogique utile. Leurs propositions sont plus contestables.

  • Le Parti de Gauche est plus explicite que d'autres sur la finance et l'Europe. Hostile à l'Europe néolibérale, il est par contre favorable à l'union des peuples, et maintient des liens avec d'autres partis de gauche radicale en Europe, comme Izquiera Unida, Die Linke, Syrisa, ou Podemos. Plutôt que de démanteler (ou quitter) l'euro, il propose de violer les traités qui en régissent le fonctionnement, en faisant financer les États par les banques centrales nationales. Texte du 14 avril 2013: « L’euro Merkel n’est pas une fatalité»

  • Chômage et Monnaie, association créée en 1992, milite pour résoudre la crise (et le chômage) en utilisant les outils monétaires. Le site est très fourni mais assez ardu à lire.

    En 2005, ils ont écrit une page sur la création monétaire, qui distingue la monnaie permanente (créée et distribuée à l'État ou aux citoyens) de la monnaie temporaire (créée lors d'un prêt et détruite au remboursement du prêt), très pédagogique. J'ai beaucoup appris à la lecture d'un livre ardu mais passionnant écrit par des dirigeants de cette association:

        La monnaie dévoilée
        Gabriel Galland et Alain Grandjean
        L'Harmattan, 1996, ISBN: 2-7384-4910-7

    Il est regrettable que dans son livre «C'est maintenant! 3 ans pour sauver le monde» (2009), Alain Grandjean ait laissé son co-auteur (Jean-Marc Jancovici, un lobbyiste de l'industrie nucléaire) expliquer comme d'habitude que l'énergie nucléaire est une solution miracle et qu'il faut s'interdire de construire la moindre éolienne.

Remarque sur les différentes propositions

En période de crise, rares sont ceux qui ne constatent pas que les banques ont commis des erreurs, pris des risques excessifs, voire se sont comportées en escrocs caractérisés. Et nombreux sont ceux qui voient une urgence, outre le contrôle strict de la finance, dans la contrôle de la monnaie sous contrôle de l'État, donc en revenant sur une longue évolution législative de financiérisation de la société. Mais on peut distinguer 2 visions opposées:
  1. Certains estiment que les banques ont créé de la monnaie de singe, et qu'il faut contrôler la monnaie pour assurer la stabilité à long terme de la monnaie: c'est par exemple la position de Maurice Allais. C'est une vision réductrice, car elle risque de favoriser fortement les rentiers, à moins qu'un système fiscal quasiment confiscatoire soit mis en place pour empêcher que la fortune des épargnants ne puisse s'accroître de façon exponentielle.

  2. D'autres expliquent que la monnaie est créée et détruite par les banques, et qu'il faut fabriquer de l'argent neuf pour compenser la déflation produite par le remboursement des prêts, et pour mieux répartir les richesses grâce à l'inflation. C'est ma position: peu importe la stabilité monétaire, seule compte la stabilité de l'économie réelle. Mais l'inflation peut également être encadrée, si la fiscalité est utilisée de façon réellement efficace pour empêcher l'accumulation excessive de richesses.
La proposition «100% money» (de Irving Fisher en 1935, reprise par «Dette et Monnaie»), prétend interdire aux banques privées la moindre création d'argent: cette solution est a priori simple, mais en réalité elle pose de sérieux problèmes.
     Elle est plus radicale que celle de «Chômage et Monnaie» qui estime qu'un peu de création monétaire par les banques apporterait une élasticité utile aux flux financiers.
     Mais que la Banque Centrale soit seule à créer de l'argent ne répond pas à toutes les questions: il faut encore déterminer à qui est confié cet argent: prêté par la Banque Centrale (monnaie-dette), offert à l'État (planche à billets), ou encore une autre option?
     Et surtout, cette proposition revient à cacher la poussière sous le tapis: les banques ne pouvant alors plus prêter l'argent de leurs déposants, Fisher prévoit des «sociétés financières», indépendantes des banques, qui collectent l'épargne, accordent des prêts, et rémunèrent les épargnants. Ceci revient à créer un nouveau type de banque (sans le nommer «banque»), qui produit les mêmes inconvénients que le système bancaire actuel: l'enrichissement exponentiel des épargnants, grâce aux intérêts versés par les emprunteurs. Le système «100% money» assure la sécurité totale des dépôts (hors inflation), mais n'offre aucune sécurité pour l'épargne: cette dualité est difficilement justifiable.

Une erreur fréquente, parmi ceux qui ont compris le fonctionnement de notre système financier, est d'oublier les réalités matérielles écologiques: les chiffres nous indiquent une productivité en hausse, donc il suffirait de bien répartir les richesses... mais attention, car on oublie des détails importants:
  1) une partie de la hausse de la productivité est purement comptable: on valorise à un prix élevé des activités tertiaires dont l'utilité réelle est discutable, et on valorise plus les nouvelles productions que les anciennes, du seul fait de leur nouveauté (ex: la télé à écran plat vaut initialement plus cher que la télé à tube cathodique, alors qu'elle remplit la même fonction et n'est pas plus complexe).
  2) les machines les plus productives sont parfois aussi les plus destructrices pour l'environnement: elles consomment des matières premières rares et de l'énergie, et elles produisent de la pollution et des déchets.
  3) les limites écologiques sont déjà là: épuisement du pétrole et de certains métaux, effet de serre, destruction des sols et des océans, pollution et assèchement des rivières et des nappes phréatiques. L'explosion démographique et le développement industriel rendent la question écologique de plus en plus critique.

Mes coordonnées

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site web: http://mjulier.free.fr
cette page: http://mjulier.free.fr/monnaie


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