Un feu rouge à LEDs marchant sur dynamo
Difficulté du système proposé
Le petit montage que je propose ne demande aucune compétence
en électronique. Il faut simplement les talents d'un
bricoleur moyen, savoir câbler un petit circuit
électrique sans faire de court-circuit, posséder un
fer à souder (60 à 200F, mais comment peut-on vivre
sans?) et de la soudure fine pour électronique (60%
d'étain, 5F les 30g), et bien sûr savoir faire des
soudures simples. Le matériel nécessaire se trouve
dans n'importe quelle boutique d'électronique. Deux adresses
à Montpellier:
1) Le magasin "Toute l'électronique",
anciennement près de la rue du Chemin Vert, installé
depuis septembre 2004 en pleine zone, du côté des
Près d'Arènes: 708 avenue du Marché Gare
à Montpellier. Ce magasin était assez bien fourni,
avec des tarifs intéressants (ils vendent aussi en gros),
et l'accueil était bon. Je n'y suis jamais retourné
depuis qu'il a déménagé dans la zone.
2) Le magasin "Électronique Diffusion", membre d'une
chaîne de 10 magasins en France, est installé 29 rue
Guillaume Janvier, au Mas Drevon à Montpellier (dans une
impasse difficile à trouver). Sans doute
légèrement plus cher, mais le choix y est
impressionnant pour un détaillant de ce type.
Dans les deux cas, il est hélas difficile de trouver les
composants récents: c'est l'évolution de
l'électronique qui le veut, avec l'explosion du nombre de
composants et l'apparition de composants inaccessibles aux amateurs
(boîtiers BGA ou minuscules, processeurs 32 bits,...). Cela
dit, pour ce feu rouge à diodes, vous trouverez votre bonheur
dans ces deux magasins.
Préambule: êtes-vous concerné?
Ce n'est pas sûr, alors avant de vous lancer pensez à
ce que vous recherchez vraiment. L'éclairage et la
visibilité sont primordiaux à vélo, mais vous
pourrez peut-être vous limiter à faire deux choses:
vérifier que vous êtes visibles: il faut
obligatoirement avoir des cataphotes visibles à l'avant,
à l'arrière, sur le côté (dans les
roues), et éventuellement sur les pédales. Si
ça ne vous convient pas, ou bien pour améliorer
encore, pensez à coller du ruban adhésif
réfléchissant sur votre vélo, en
différents endroits. C'est très efficace et
très économique. Vous pouvez aussi en coller sur vos
sacoches ou sur le sac à dos, voire sur vos habits (ou bien
utiliser un brassard réfléchissant, au bras ou bien
au pied, où il sert aussi de protège-pantalon).
choisir un éclairage adapté. Soit amovible:
prenez un feu rouge clignotant pour l'arrière, et une lampe
si possible halogène et rechargeable pour l'avant. Le
matériel de marque Zéfal est excellent, y compris
pour la lampe avant. Pour l'arrière, la plupart des marques
sont assez bonnes. Comptez dans les 200F pour l'ensemble, et
n'oubliez ni d'emporter votre matériel, ni de le retirer
quand vous acrochez votre vélo.
Ou alors achetez un kit complet sur dynamo (dynamo+phare+feu
rouge), ça va de 80F à 130F (Go Sport,
Décathlon, et les détaillants), mais il y a parfois
des ruptures de stock. Ce qui est nouveau, c'est que ce
matériel est souvent maintenant prévu pour
être installé même sur un VTT, habituellement
difficile à équiper. La qualité laisse
souvent à désirer: malheureusement, si vous
n'êtes pas bricoleur, vous risquez fort de vous retrouver
sans lumière dans les 15 jours: fils qui s'oxydent, dynamo
qui patine.
Si vous n'êtes pas bricoleur, si vous ne savez pas
réparer un mauvais contact... n'hésitez pas, soit
à demander à un ami plus bricoleur (c'est en
général très simple à arranger), soit
à aller voir votre détaillant favori: n'en ayez pas
peur, il ne prendra souvent pas plus de 50F de main d'oeuvre,
contrairement aux garagistes automobiles capables de facturer 500F
un changement de bougies.
Ma suggestion est d'une portée limitée: vous
possèdez ou allez installer un éclairage sur dynamo,
et en avez marre de changer fréquemment l'ampoule du feu
rouge. Dans ce cas, vous pouvez penser à le remplacer par un
feu à LEDs, tout en sachant que l'idéal serait
d'acheter un feu rouge "de luxe", avec éclairage à
l'arrêt, mais qui est encore assez cher et difficile à
trouver.
Plusieurs systèmes d'éclairage
Il y a différents systèmes: à piles, sur accus,
ou sur dynamo. Je trouve que le système à piles est
réservé à ces cas spéciaux, par exemple
un VTT où c'est le plus facile à installer, ou bien un
vélo qui est rarement utilisé de nuit, mais
principalement en ballade. Ce n'est pas mon cas, et à part
les feux rouges clignotants à LEDs, qui consomment assez peu,
les systèmes à piles ne me conviennent pas. Ces feux
clignotants ont un autre problèmes: on ne peut pas les
laisser sur le vélo, ou bien ils se font voler.
Les modèles sur accus ont leurs amateurs,
mais ils sont trop pesants pour moi: devoir retirer l'engin, le
rentrer à la maison, et recharger l'accu, c'est trop pour moi
(*). Sans compter que les accus ont une durée de vie
limitée, et qu'ils posent en général des
problèmes sérieux d'environnement: en particulier les
cadmium-nickel (Ni-Cd), qui sont les plus courants, les moins chers,
et les plus faciles à utiliser. Ceux au lithium (Li-ion) sont
moins dangereux mais sont coûteux et demandent une
électronique tellement sophistiquée qu'en dehors des
téléphones mobiles, camescopes, et ordinateurs
portables, ils sont rarement employés. Et ceux au
nickel-hydrure métallique (Ni-MH) sont à peu
près inoffensifs, mais par ailleurs assez comparables aux
Ni-Cd, simplement plus chers, moins encombrants, moins aptes
à des pics de consommation (inexistant pour un vélo),
mais aussi plus sujets à l'autodécharge: en un mois
ils sont vides.
Bref, je suis resté fidèle à la
dynamo, toujours fixée sur le vélo, qui n'attire pas
les voleurs, et qui est accompagnée de phares qui eux non
plus ne se font pas voler.
(*) Correction: maintenant que je fais 17km de vélo par
jour, en grande partie sur une piste cyclable sûre mais non
éclairée (la piste Montpellier-Carnon), je me suis
résigné à acheter un système sur accu
Ni-MH, avec 10W de lampes halogènes (marque VistaLite,
c'est américain), et donc je retire la batterie pour la
recharger à la maison et pour éviter qu'on me vole
ce petit bijou. Ça me permet de voir la piste presque comme
depuis une voiture, mais c'est très cher, et ça ne
concerne pas les cyclistes qui restent en ville.
L'éclairage sur dynamo
Il existe plusieurs types de dynamos:
à friction sur le flanc du pneu: c'est le plus
classique, c'est efficace si la roulette est métallique et
le pneu non cranté. Si la roulette est en plastique, il
faut lui mettre un capuchon en caoutchouc dessus (5F, en vente
chez les détaillants), fixé par exemple par de la
résine époxy (type Araldite).
à roulement sur la jante: il faut une dynamo munie d'une
roulette lisse en caoutchouc, et possèder des jantes alu
(comme sur les VTT et beaucoup de vélos récents). Je
pense que ça marche, mais je n'ai pas testé.
Á noter que sur un pneu non cranté, on peut la faire
appuyer sur le flanc du pneu sans aucun problème.
à friction sur la bande de roulement: ce sont les
dynamos sous pédalier, qui ont une bonne réputation
mais sont chères et réservées à
certains vélos seulement (disposant de la fixation
adécuate et de pneus avec bande de roulement). Pas
génial si vous roulez dans la boue.
dans le moyeu: alors là, c'est le grand luxe, car
ça a une fiabilité absolue. C'est soit une roue
spéciale (mais s'il faut la remplacer???), soit un ensemble
rajouté sur la roue: il s'en vend un modèle à
600F, j'espère que ça marche pour ce prix. Certaines
accrochent plus simplement dans les rayons près du moyeu de
la roue avant, mais je n'en sais pas plus.
Par paresse, j'ai gardé une dynamo classique (sur le flanc),
j'en suis assez satisfait en fait.
Une dynamo habituelle fournit 3W sur une tension de 6V efficaces
(alternatifs), répartis en 2.4W à l'avant et 0.6W
à l'arrière (2.1 et 0.9 en Espagne). Voir plus loin
les détails sur le fonctionnement interne des dynamos.
À l'avant, la lampe 2.4W éclaire peu mais ça
marche. On gagne beaucoup de puissance en remplaçant
l'ampoule normale par une ampoule halogène. Attention: il
vous faut un phare spécial, un écrêteur de
tension éventuellement inclus dans le phare, et savoir que
les ampoules halogènes sont plus chères (environ
20F).
Mais à l'arrière, l'ampoule 0.6W
grille tout le temps car son filament est très fin (c'est
comme une ampoule 220V/20W: elle ne supporterait pas les
vibrations d'un vélo). Au bout de quelques ampoules
grillées en une semaine, on craque, et soit on ne la
remplace plus, soit on y met une ampoule plus puissante (mais du
coup même à l'avant, ça n'éclaire
plus), soit on réfléchit.
Mon idée (enfin, je n'en suis pas l'inventeur) est qu'au
lieu d'un feu à LED sur pile, qui consomme peu mais brille
peu, et un feu incandescent sur dynamo, qui consomme pas mal mais
brille peu et ne dure pas longtemps, on pouvait faire un feu
à LED sur dynamo, qui consomme pas mal (enfin, 0.6W) et
brille beaucoup. Et en plus, c'est facile à faire.
J'avais envie de faire un système sophistiqué, avec
un accu qui se recharge en roulant et permet d'éclairer,
même à l'avant, à l'arrêt. Mais c'est
vraiment compliqué, surtout en partant de courant
alternatif, donc je vais y penser plus avant de me lancer. Il
semble qu'il existe des dynamos à courant continu,
ça pourrait faciliter la mise au point du circuit. Et puis
les accus, c'est cher.
Le montage
DESCRIPTION DU SCHÉMA
Le courant étant alternatif, au cours de chaque alternance,
seule la moitié des LEDs fonctionne. Mais, celles qui
marchent protègent les autres: les LEDS n'aiment en effet pas
les surtensions en polarisation inverse. Les résistances
fixent la valeur du courant. Compter (6V - 2*2V)/50 ohm=40mA dans
chaque branche. (6V c'est la dynamo, 2V c'est la chute de tension
dans une LED rouge, en gros). C'est un calcul de cuisine, car en
fait c'est 6V efficace, c'est-à-dire une sinusoïdale qui
culmine à +/- 6V*racine(2), soit 8.4V. Ça fait donc
80mA en tout, contre 100mA pour une ampoule (6V 0.6W => 100mA).
C'est un peu beaucoup pour les LEDs, prévues pour 20 ou 30
mA, mais dans la pratique ça supporte plus, et elles ont un
rapport cyclique de 50% donc elles ne risquent pas de surchauffer.
Les diodes zéners servent à protéger les
LEDs dans le cas où l'ampoule avant grillerait. Même
si le composant non identifié est vraiment une double diode
zéner, ça reste utile dans le cas où le cable
allant au phare avant se détache. Problème: pour
protéger, on doit écrêter un peu la
sinusoïdale, ou bien autoriser une certaine surtension dans
le cas contraire, c'est un compromis à faire, impossible de
faire mieux sur du courant alternatif avec un montage aussi
simple. Il faut savoir que si le phare avant est
débranché, la tension ne culminera pas à 6V
aux vitesses élevées, mais pourra dépasser
les 30V, et envoyer tout le courant (600mA) dans le phare
arrière, qui mourra s'il n'est pas protégé
correctement.
À l'avant, c'est un ensemble commercial. Les ampoules
halogènes ne supportent pas les surtensions, c'est sans
doute la raison du composant bizarre. Les ampoules
halogènes ont un culot spécial, il faut donc un
phare adapté.
RÉALISATION
le plus simple est d'utiliser une plaque d'expérimentation
(circuit imprimé pré-percé). Je conseille le
modèle sur époxy (et non bakélite, qui fond
quand on soude dessus), en bandes plutôt qu'en pastilles car
ça réduit le nombre de soudures (cela dit, avec le
temps, je préfère maintenant les pastilles: ça
dépend de l'habitude qu'on a, de l'outillage,...). Il faut
couper les bandes là où le contact ne doit pas
exister. Ici, il n'y a pas besoin de mettre des fils
supplémentaires ("straps"), donc c'est simple. Attention
à la polarité: les LEDs ont une patte plus courte que
l'autre et un méplat sur le chapeau. Les zéners ont un
anneau sur la cathode comme toute brave diode. Attention à ne
pas trop faire chauffer les LED et les zéners en soudant,
c'est fragile ces bestioles. Dans mon cas, l'ensemble rentre
à l'intérieur du feu arrière classique. J'ai
juste eu besoin de retirer l'ampoule et le réflecteur
(inutile car les LEDs choisies sont déjà assez
directives), j'ai fixé la plaquette dans le capuchon rouge au
pistolet à colle, et j'ai calé l'ensemble avec un bout
de chambre à air. Je conseille de souder le plus possible du
circuit électrique: avec la pluie ça a tendance
à s'oxyder, alors si c'est soudé c'est une
sécurité contre les mauvais contacts si
pénibles à réparer en pleine nuit.
PRIX
LEDs: 3F pièce le modèle 1000mcd, 6F pièce
pour 3000mcd (j'ai pris à 3F)
zéners: 1F pièce
résistances: 0.20F pièce
plaque d'expérimentation sur époxy: 35F pour
10x16cm (14F en bakélite 10x10).
Noter que pour l'avant, les LEDs sont possibles mais encore
chères: les LEDs "blanches" à base de GaN, en fait
bleues avec des matériaux phosphorescents noyés dans
le plastique, sont extrêmement efficaces, mais coûtent
encore 26F pièce (3000mcd à 20mA), donc pour
remplacer le phare avant par 20 LEDs blanches, c'est encore
dissuasif. Mais patience, ça baisse vite: il y a seulement
5 ans, ces composants n'existaient que dans un laboratoire de
recherche japonais (Nichia Chemical Industries), mais aujourd'hui
l'utilisation de ces composants dans les panneaux lumineux et les
feux tricolores (pour le vert) permet de lancer la fabrication en
très grande série.
La physique interne de la dynamo (pour spécialistes)
Une dynamo (en termes techniques, un alternateur), est en gros une
bobine soumise à un champ magnétique variable, ce qui
produit une tension induite. Selon les modèles, c'est
l'aimant ou bien la bobine qui tourne. C'est similaire à un
moteur synchrone ou pas-à-pas: il n'y a pas de balais ou de
charbons, contrairement à un moteur à courant continu,
et c'est donc très simple. Au contraire, un courant à
courant continu (à balais, donc), si on le fait tourner,
génère une tension continue.
Je reprends la réflexion d'un contributeur à
fr.sci.electrotechnique: une dynamo à vide fournit une
tension proportionnelle à la vitesse, et atteignant
facilement 30V. Mais en charge, à partir de 10km/h, le
courant ne déparre guère 500mA: c'est une source
de courant. Vue la résistance des ampoules, celui
donne une tension de 6V, et une puissance de 3W. Si on met des
ampoules deux fois plus puissantes (donc de résistance plus
faible), on obtiendra una tension de 3V, et une puissance de 1.5W:
tout perdu, mais au moins on atteindra la tension limite deux fois
plus vite!
Le phènomène qui limite le
courant est la self-inductance de la bobine de la dynamo: en gros,
quand la dynamo fournit 500mA, ce courant produit un flux
magnétique qui compense celui produit par l'aimant. Pour le
spécialiste, si Phi(t) est le flux magnétique dans
la bobine, L l'inductance de la bobine, R la résistance de
charge, U la tension produite (en négligeant la
résistance interne), et i le courant circulant, on a:
U = -d.Phi/d.t + L d.i/d.t , avec i = U
/ R, donc
U = -d.Phi/d.t + (L / R) d.U/d.t
Je passe les détails, mais en gros, voici les
résultats, en fonction de la fréquence (j'utilise la
pulsation "oméga", sachant que oméga=2*pi*<nombre
de tours par seconde>*<nombre de pôles de la dynamo,
en général 4>). Donc:
à faible vitesse la tension est proportionnelle à
la vitesse: U = Phi * oméga
à haute vitesse, la tension dépend de la
résistance: U = R Phi / L, mais pas de la vitesse
la vitesse limite est oméga = R / L (R en
ohms, L en Henry), avec une tension égale à la
tension limite / racine(2)
Concernant le courant:
à faible vitesse, il dépend de la vitesse et de
la résistance: i = Phi * oméga / R
à haute vitesse, il est fixe: i = Phi / L, c'est
ça l'effet source de courant.
à la vitesse limite, il vaut le courant limite
divisé par racine de 2.
Remarque: à vitesse élevée, une dynamo pourrait
donc fournir bien plus de 3W si la résistance de charge
était plus élevée. L'idéal serait
d'avoir une résistance de charge égale à
R = L*oméga, et on pourrait extraire une puissance
proportionnelle à la vitesse. Ceci valide l'idée de
faire un système qui éclaire tout en profitant de
l'excès d'énergie pour recharger une batterie pour
l'arrêt. Par contre, cette condition complique encore un peu
plus l'électronique nécessaire. On pourrait imaginer
un système de ce genre:
Dynamo (6V ac) => redresseur sans pertes
(synchrone à MOSFET) => (alim à découpage
à commutation synchrone => 1 élément Ni-MH
1.24V ) => alim à découpage faible perte =>
ampoules 6V cc.
Une option serait que lorsque la tension est
suffisante, les ampoules soient alimentées par le circuit
obtenu en ôtant la partie entre parenthèses, mais
ceci n'a rien d'évident: on dispose de peu de place, de peu
de puissance, et on doit utiliser des tensions très basses.
Pour un fabricant, par contre, il serait facile d'intégrer
une telle électronique pour l'avoir sous un volume
minuscule et un prix très faible.
Miguel JULlER, Montpellier, 21 septembre 2000.
Dernière mise à jour le 21 octobre 2000 (merci
Grolain au sujet des batteries).
Nouveau (septembre 2004): le phare
avant à diode blanche Luxeon 3W (nettement plus
compliqué que le feu arrière).
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